David Péneau « Pluie d'artifices »

20 | 01 | 20

Exposition d'ouverture de la saison 2019/2020
 

Résidence et exposition au Centre d’Art de Flaine

L’artiste David Péneau a été en résidence au Centre d’Art de Flaine en décembre 2019 pour l’exposition d’ouverture de la saison 2019/2020.

Issue de la pépinière ESAAA, il a été repéré sur les Parcours Culturels d’Annecy et les Ateliers et Résidences d'Artistes de Sous-Aléry (Annecy) par notre directrice artistique, Geneviève Holvoet.

David Péneau a le plaisir d’inaugurer le prochain demi-siècle d’exposition au Centre d’Art de Flaine, l’ouverture du Centre d’Art de Flaine de Sylvie Boissonnas ayant eu lieu en janvier 1970.

Dates de l’exposition : 28 décembre 2019 au 20 février 2020

Plus d’informations sur l’artiste : https://www.davidpeneau.com/

Curieuse prévision météorologique que nous donne ce titre. Ça sonnerait comme un oxymore … ou bien comme un pétard mouillé. Au-delà des normales saisonnières, c’est certain, cette pluie d’artifices présage d’un travail artistique affecté d’une humeur singulière, festive et mélancolique à la fois, farceuse et grave, légère et caustique, mais en tout cas généreuse. Car c’est en pluie que tombent les artifices sur le Centre d’Art de Flaine accueillant la première exposition personnelle de David Péneau, artiste diplômé en 2018 de l’École Supérieure d’Art Annecy Alpes.

Ainsi de cette pelouse synthétique qui se déroule comme un tapis rouge les jours de fêtes, de sa variante, plus technique et de circonstance, qui recouvre cette piste de ski artificielle. À son sommet, se signale d’emblée la présence du Michel Ange de David dans une version miniature et produite en série, seule figure humaine de l’exposition comme arrêtée dans un moment de contemplation avant de s’élancer vers d’authentiques sensations de glisse. On trouvera aussi de nombreux faux et similis, entre autres effets de trompe-l’œil, dont la stratégie – donner à une chose l’apparence de ce qu’elle n’est pas – devient un tantinet perverse quand elle s’accorde à des gestes qui consistent à montrer la réalité telle qu’elle est : on remarquera donc ces présentoirs à cartes postales installés de chaque côté du comptoir où, de 8h30 à midi, le centre d’art fait aussi bureau de poste. Mais on notera également la propension de l’artiste à dédramatiser l’art pictural en lui donnant de lui même une telle finalité, prenant le pas sur la boutique de souvenirs.

Autant de dérivatifs ne sauraient faire oublier que l’artifice célébré ici est bien la peinture. Et si la manière apparaît assez classique et le ton amplement humoristique, il convient de souligner que tous les aspects du médium y sont à l’étude : il en va du sujet autant que de sa représentation, des effets de profondeur ou au contraire d’aplatissement à la surface du tableau, du motif qui est presque toujours issu des images en circulation sur le net, du support de présentation avec l’intervention récente du papier-peint, ou encore de l’économie de travail liée à la peinture, nécessitant un temps long dans une époque où tout est soumis à la loi de l’accélération.

C’est dans ce rapport à la durée que se loge la mélancolie dans le travail de David Péneau, ce qu’indique peut-être cette peinture plus ancienne qui représente en trompe-l’œil un arrêt sur image. Un autre indice nous en est donné dès la vitrine de l’entrée, où une petite peinture tourne inlassablement dans le sens des aiguilles d’une montre, dans un décor composé de gazon artificiel et d’un papier peint au motif de quartiers de vache qui rit. La rotation apparaît comme un effort de la peinture pour faire sonner la « boîte à meuh » qu’elle représente dans un paysage champêtre, et retrouver une sensation d’enfance. Mais aucune nostalgie ne veut s’exprimer ici (il faut se méfier des peintres nostalgiques), d’ailleurs l’artiste se rappelle la déception que produisait ce bêlement mécanique de chèvre sensé imiter le son d’une vache. Que dire alors du goût de la célèbre crème de gruyère présentée sous la forme de vraies parts de fromage ?

Il ne s’agit pas non plus pour l’artiste de déplorer la disparition du vrai au profit de son imitation, lui qui, après tout, est né avec l’ère du faux et, comme toute une génération, est habitué à l’idée de la fin du monde. C’est, au contraire, avec une certaine tendresse qu’il observe ces myriades de succédanés et leurs fonction plus ou moins prosaïque (masquer les mauvaises odeurs, touiller), auxquelles le changement d’échelle offre une destinée honorable dans la peinture de paysage. De même, l’exécution réaliste d’images archétypales vouées à offrir le frisson des grands espaces sur un fond d’écran est tout de même une manière de prendre au sérieux les émotions que procurent de tels voyages immobiles vers des exotismes standardisés.

Aussi pourra-t-on déceler des références savantes dans certains gestes, comme le retournement du motif tête en bas propre à Georg Baselitz ou l’utilisation comme support d’un tissu imprimé et bon marché qui pourrait renvoyer à Sigmar Polke, tandis que le détourage des figures et l’aplanissement de la perspective placent davantage cette peinture dans une lignée pop. Mais ces références sont minoritaires comparée à l’affirmation du décoratif qui s’opère ici, cet élan esthétique qui a fait entrer dans l’histoire du goût des acteurs socialement illégitimes (petit bourgeois, ouvriers, paysans) comme le rappellent les écrits de Jacques Soulilou. C’est sur fond de lutte des classes que les copies made in china du David de Michel Ange rejouent la scène héroïque. Alors la tension sur les tempes de la petite figurine qui a fait entrer Florence dans les intérieurs populaires n’est peut-être pas sans lien avec le contexte : la station conçue par Marcel Breuer. Voici le David de pacotille mis à l’honneur à l’intérieur même d’un des symboles de l’architecture moderniste dont les traités les plus fameux (ceux du Corbusier) faisait la guerre au décor et à l’ornement à la faveur d’une « bonne purgation visuelle ». C’était avant que le modernisme ne fournisse à son tour les paterns décoratifs à une production somptuaire de masse.

Julie Portier, décembre 2019

 

 

 

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