Aire de Bonheur Fanny Guérineau

28 | 12 | 17

Fanny Guérineau

«Aire de bonheur»

28 décembre 2017 / 16 février 2018

Le Centre d'Art de Flaine entame sa programmation 2018 avec « aire de bonheur », une exposition de Fanny Guérineau.

C'est en 2013 que l'artiste plasticienne Fanny Guérineau ouvre sa première « aire de bonheur ». Dans ces espaces délimités par un rond blanc installé au sol, elle réalise des collectes de réponses à différentes questions : « C'est quoi la culture, pour vous ? » ou « C'est quoi le bonheur, pour vous ? ». Partant à la rencontre des passants, elle nous interroge et capte nos propos qui sont ensuite restitués dans des temps de déclamation. Installée sur sa chaise d'arbitre, à 3m de hauteur, elle s'ingénie à faire passer les propos des uns et des autres. Les réponses sont diverses, s'augmentent, se contredisent, font sourire, énervent, nous confrontent à notre pluralisme.

Invitée en résidence à Flaine en décembre 2017, elle remplace son traditionnel rond blanc par un espace beaucoup plus grand, celui de la station et ses pentes enneigées. Dans l'univers montagneux, l'hiver provoque son lot de changements. Les champs se recouvrent d'or blanc, les marcheurs se métamorphosent en bolides glissants et la station dégage une frénésie contrôlée. Aux sports d'hiver, on vient prendre du plaisir, rechercher des sensations, libérer sa glisse, prendre son pied ! Tout un vocabulaire de la perception relevant du bonheur.

C'est ce même « bonheur » que nous retrouvons sur les différents documents de communication que les stations de ski utilisent pour nous inviter à dévaler leurs pistes. De même, dans l'iconographie des agences de voyage, on nous montre toujours des sourires, des rires, des visages enjoués mais est-ce cela le bonheur ? Tiens, justement, c'est quoi le bonheur, pour vous ?

C'est cette question que Fanny Guérineau vient nous poser à Flaine. Cette question n'est jamais innocente. L'artiste évite le trivial car sous couvert de nous interroger sur un sujet universel – le bonheur ou la culture –, elle nous pousse à l'investissement personnel, elle engage notre moi. La rencontre n'est alors jamais fortuite car en entrant en contact, elle déclenche un mécanisme d'ouverture vers l'intime. Une fois la question posée, seule une réponse très personnelle s'impose.

Un autre élément participe de cette nécessité de donner une parole unique : la couleur des outils de collecte que l'artiste utilise. Le rouge fluo (Pantone n°811 U), découvert par hasard par l'artiste en 2012 sur un étale de tissus, est unique en son genre car il rend ultra visible toutes ses interventions. À l'origine, ce rouge est d'ailleurs utilisé par les ouvriers travaillant sur les routes afin de rester visibles en toutes circonstances. Il est donc, d'une certaine manière, vital (comme la notion de bonheur pour l'homme ?). Des boîtes de collecte des flyers, à la chaise de déclamation, en passant par les habits de Fanny Guérineau, cette couleur vient ancrer la demande dans un événement exceptionnel. Nous, passants, visiteurs, skieurs, sommes investis d'une mission qui consiste à faire passer notre ressenti de l'instant. À l'arrivée d'une piste, le sentiment de bonheur est différent de celui que l'on perçoit en déchargeant le coffre de sa voiture. L'unique lien qui persiste entre toutes les réponses que l'artiste reçoit au cours de ses collectes, reste la question elle-même, ou quand, de l'unicité naît le pluralisme.

À ce propos, c'est quoi le bonheur, pour vous ?

Anthony Lenoir, décembre 2017

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